particulier de l’âge d’or de la liturgie romaine, avaient l’art de nous immerger d’un coup dans le Mystère en nous faisant sortir du monde profane qui tend toujours à nous détourner de Dieu, on a mis en lieu et place, le plus souvent faute de formation, des gestes fabriqués, stéréotypés, empruntés à la vie ordinaire et incapables d’ouvrir à la transcendance du Mystère célébré (p. 62). La musique sacrée a subi les effets d’une mécompréhension de la participation active demandée par le Concile (p. 64). En parlant du lien voulu entre Bible et liturgie (p. 67), l’auteur oublie certes de mentionner que le renouveau tant acclamé du lectionnaire a écarté de la proclamation publique – pour prendre un cas flagrant – des paroles trop dures de l’Apôtre à l’intention de ceux qui s’approcheraient de la sainte table sans discernement. Mais il souligne que la répétition des textes du dimanche pendant la semaine permettait peut-être une meilleure assimilation de la parole par les fidèles et surtout, les chants de la Messe – introït, graduel, alleluia ou trait, chant d’offertoire, chant de communion – tirés toujours de l’Écriture, principalement de l’Ancien Testament et particulièrement des psaumes, constituaient un commentaire de l’Écriture par l’Écriture (p. 68). Il enchaîne des observations sur les banales et impossibles « traductions » officielles, les prescriptions qui n’en sont pas, surtout concernant l’usage du latin et l’orientation de la messe face à Dieu (p. 74), et ainsi de suite.
En un mot, on devine que le vicaire général est loin d’être persuadé que tout se passe pour le mieux dans la forme la plus ordinaire de la liturgie. Il groupe ses observations sous les titres : une plus grande fidélité aux normes liturgiques (p. 58) et un plus grand soin apporté à la formation liturgique (p. 75). L’auteur ne va pas jusqu’à suggérer qu’un nouveau mouvement liturgique – la thèse globale du deuxième chapitre – ne saurait s’édifier sur les livres de Paul VI, et ce n’est très probablement pas sa pensée ; il se contente de parler, comme Benoît XVI, d’un enrichissement mutuel des deux Missels (p. 54).
Le présent livre ne concerne donc pas les Grecs, les Russes, les Anglais et autres brebis perdues, à qui le Souverain Pontife a peut-être tout autant pensé en rédigeant le Motu proprio, et il ne s’adresse pas directement aux clercs et aux églises qui jouissent déjà, plus ou moins tranquillement, de la liturgie classique – bien que les questions traitées ne soient pas sans intérêt pour eux. Il s’adresse surtout à des catholiques élevés dans une liturgie déformée, à la limite du supportable, qui ont cru de bonne foi suivre la volonté de leur sainte Mère l’Église en continuant de faire ainsi. Que cet ouvrage contribue à leur ouvrir l’intelligence et le cœur !
Peter Freeman