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artegespiritualite.fr Revue de presse

Pie XII et les juifs dans Sedes Sapientiae

le samedi 22 mars 2008
Source : Sedes Sapientiae
Comme l'écrit le Père Blet, dans sa préface, le présent ouvrage se veut "l'exacte réplique du livre de John Cornwell intitulé The Hitler's pope", qui, paru en 2005, constitue "l'une des attaques les plus retentissantes lancées contre Pie XII" (p. 12).

L'auteur, rabbin américain et professeur d'histoire, entend mettre au jour l'attitude réelle du pape pendant la Seconde Guerre mondiale. Sur plus de deux cents pages, David Dalin étaye l'idée selon laquelle, non seulement Pie XII, mais encore l'Eglise comme institution humaine à travers toute son histoire, a constitué un bouclier protecteur pour la race de David. Il remonte au VIIème siècle et à saint Grégoire le Grand (décret Sicut Judaeis) pour faire débuter le parti-pris ecclesial de protection des Juifs, dans une société médiévale qu'il estime facilement hostile. Il décrit comment, au XIème siècle, ce sont encore les successeurs de Pierre qui ont pris la défense des fils d'Israël dans l'affaire sordide des crimes rituels, ou encore dans celle de la peste noire du XIVème siècle. Il descend ainsi le cours de l'histoire jusqu'à Benoît XVI, non sans s'arrêter longuement et de façon émouvante sur Jean-Paul II.

L'ouvrage fait ensuite un zoom avant de 90 pages sur Eugenio Pacelli, étudiant, prêtre puis prélat, dont les rapports amicaux avec la communauté juive ne se sont jamais démentis. Nonce ou secrétaire d'État, ses décisions et ses prises de position sur la question juive, à une époque où l'Europe était partagée sur l'attitude à adopter face à Hitler, n'ont jamais dévié. Corédacteur de l'encyclique de Pie XI, Mit brennender Sorge (1937), il est lucide sur l'erreur des théories raciales du nazisme, avant d'en soupçonner l'horreur du contenu pratique. Dalin s'attarde sur l'action que mène Pacelli, devenu Pie XII en 1939, déroulant les discours, les admonestations pontificales, les entretiens diplomatiques, les réceptions pastrales confidentielles, les allocutions radiodiffusées... Il décrit la rage des nazis face à ses déclarations et le climat délétère qui s'instaure entre Berlin et le Vatican. Abordant la terrible période de l'occupation de Rome par les Allemands, il étudie en détail la grande rafle des Juifs de cette ville le 16 octobre 1943 et cite de nomberux témoignages de rescapés, sauvés par le clergé, sur ordre personnel du Saint-Père. Il rapporte aussi l'engagement du pape, déterminant dans le coup de frein donné aux déportations en Hongrie, en Roumanie et en Slovaquie. Tout au long de ces pages, c'est un véritable hommage que ce rabbin rend à la personne de Pie XII, au clergé et à l'Église, sans rien renier de son judaïsme par ailleurs. Et Dalin conclut en réclamant qu'à l'instar d'autres non-Juifs, Pie XII soit compté au nombre des "Justes des nations" par Yad Vashem.

Cet ouvrage est remarquablement documenté; sa traduction, sans en faire un monument de littérature, est assez agréable à lire. Son originalité est dans la reconnaissance sincère, profonde et touchante de ce rabbin envers le Vicaire du Christ de cette époque difficile et, au-delà, envers l'Église elle-même. David Dalin est un homme ouvert et incontestablement de bonne volonté au sens évangélique.

Les deux derniers chapitres ne manquent pas d'intérêt. Selon l'auteur, à défaut d'avoir été soutenu par l'Église, c'est dans le monde arabe volontiers antisémite qu'Hitler est allé chercher un allié. C'est dans ce même monde arabe et musulman que certains, aujourdh'ui encore, propagent Mein Kampf et les Protocoles des Sages de Sion. Ici et là, Dalin commet quelques approximations, en omettant par exemple de préciser que le statut de dhimmi en terre d'islam s'applique aussi aux chrétiens. Mais ces deux chapitres suscitent un certain malaise par le message ostentsiblement sioniste qu'ils véhiculent. Le raisonnement visant à établir une continuité du mufti de Jérusalem al-Husseini aux leaders palestiniens d'aujourd'hui est un peu 
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