David Dalin, rabbin américain, éclaire le montage qui a fait du Souverain Pontife le « pape d'Hitler ».
ENCORE Pie XII ! On croyait pourtant avoir fait le tour de cette délicate question, notamment depuis les travaux érudits comme ceux du père Blet (s.j.) sur la personnalité et l'action du Souverain Pontife à l'égard des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. Le lecteur ne trouvera pas dans le petit essai du rabbin David Dalin une nouvelle étude sur la politique du Saint-Père. Mais un étonnant aperçu des coulisses d'un montage. Après la guerre et jusque dans les années 1950, Pie XII est considéré avec beaucoup de bienveillance pour son action en faveur des Juifs.
Une confusion des genres
Tout se modifie, on le sait, au début des années 1960 lorsque paraît la pièce de Rolf Hochhuth, Le Vicaire (1963), qui servira d'inspiration au film Amen de Costa-Gavras. Ne pouvant nier les critiques de l'Église catholique à l'égard du nazisme, à commencer par l'encyclique de Pie XI (dont le futur Pie XII est le maître d'oeuvre), dirigée directement contre le néopaganisme nazi, l'auteur insiste sur les « silences » du pape. N'aurait-il pas dû excommunier ouvertement Hitler ? Fiction sans prétention historique, et de nature polémique, la pièce remporte non seulement un succès auprès du public allemand mais aussi - signe que la confusion des genres ne date pas d'aujourd'hui - déclenche une tempête dans les médias, comme s'il s'agissait d'une étude historique. L'affaire du « pape d'Hitler » commence.
L'intérêt de l'étude de David Dalin est de suivre à la trace le développement de cette fausse polémique, la manière dont certains s'en sont emparés à des fins qui n'ont évidemment rien d'historique. Si, comme le dit ironiquement Will Herberg, l'anticatholicisme est « l'antisémitisme des intellectuels progressistes », il a eu, à l'occasion de cette question, la possibilité de s'exprimer avec vivacité. Reste que le livre de David Dalin, s'il a le mérite de décrypter les manoeuvres de certains inquisiteurs, pèche par l'excès qu'il reproche à ses adversaires, notamment par son insistance à montrer les liens entre certaines figures musulmanes et Hitler. La question, assez étrangère au débat, jette plus de confusion qu'elle n'éclaire le dossier Pie XII.
Jacques de Saint Victor