Ce livre, traduit de l’américain, répond plutôt à son sous-titre qu’à son titre. Car il ne fait pas état d’un travail inédit de recherches sur des archives, mais établit le bilan d’une large compilation de l’ensemble de ce qui s’est écrit sur l’attitude de Pie XII lors de la Shoah. Voilà pourquoi, malgré son ton parfois polémique, ce livre est précieux et comblera le grand public. […]
L’auteur, historien et rabbin juif, examine donc à la loupe la théorie du « pape d’Hitler », née à partir de 1963 et popularisée par le théâter, le cinéma et surtout des livres écrits souvent à charge par des catholiques ou d’anciens catholiques en rébellion contre la papauté en général. Cornwell, Goldhagen, Zuccotti et tant d’autres sont ici mis en examen pour partialité, tri sélectif dans les archives, trafic sur traductions de documents quand ce n’est pas pure production de faux.
Pie XII doit être replacé dans l’histoire générale de la papauté, dont le philosémitisme débuta avec Grégoire le Grand à la fin du VI° siècle. Les rappels des paroles et actions en ce sens sont devenus indispensables tant la bataille fait rage et que, hélas, les portes ne sont encore toutes ouvertes pour des études scientifiques.
En chapitres centraux (3 et 4), l’auteur examine Eugenio Pacelli avant et durant son pontificat. Pour cette dernière période, il produit une multitude de témoignages et de récits attestant une fois pour toutes que Pie XII sauva lui-même et contribua à sauver des centaines de milliers de juifs, non seulement à Rome et en Italie, mais aussi en Bulgarie, Roumanie, Slovaquie, et, par le canal des nonciatures, dans la plupart des pays asservis par les nazis. En citant les innombrables témoignages de reconnaissance émanés du monde Juif après guerre, l’auteur estime que Pie XII devrait être reconnu « Juste parmi les nations ».
Mais la fin du livre apporte au public français autre chose d’assez inédit : la connivence d’Al-Husseini, mufti de Jérusalem, avec l’antisémitisme de Hitler dont s’inspirent encore les chefs palestiniens et l’islamisme radical, hélas toujours foncièrement antisémite ou plutôt anti-Juif.
Philippe de Beauvillé