La question de la responsabilité du Pape Pie XII vis-à-vis du génocide juif durant la dernière guerre mondiale est tellement incongrue que longtemps après que certains aient osé la poser à des fins d'anticatholi-cisme à partir de la fin des années cinquante, les catholiques et les autorités de l'Église n'en avaient toujours pas pris la véritable mesure ni la potentialité subversive qu'elle recelait. Or, nous disposons d'ouvrages documentés rédigés par des personnalités* rabbiniques pour répondre aux accusations de silence voire de complicité.
Ce fut avant toute polémique, Antisemitismo, puis Avant l'aube du rabbin de Rome pendant la guerre, Israël Zolli. Nous recevons aujourd'hui l'ouvrage The Myth of Hitler's Pope de David Dalin, rabbin, professeur d'histoire et de sciences-politiques aux États-unis, publié en 2005 et traduit en 2007 par les éditions Tempora. L'ouvrage est préfacé par Pierre Blet s. j. qui fut l'archiviste et le spécialiste du Vatican pour la Seconde guerre mondiale et organisa en plus de dix volumes la publication des archives du Saint-Siège de cette époque.
Très rationnellement, D. Dalin développe l'argumentation de son ouvrage par le décryptage du mythe et notamment des intérêts et objectifs réels de ceux qui le créèrent, puis étudie en amont et situe l'action du pape Pie XII dans la perspective de la protection pontificale des juifs dans l'histoire longue de leurs rapports respectifs. L'auteur analyse l'action de l'homme d'Église, le diplomate, le nonce en Allemagne, avant son accession au pontificat puis son règne proprement dit. Il conclut enfin en trois chapitres sur les développements contemporains de la controverse qui voit se déchaîner les médias progressistes dans une « guerre culturelle », une certaine histoire de l'antisémitisme musulman et l'action de Jean-Paul II.
Documenté par les archives du Vatican et des sources diplomatiques de pays européens, l'ouvrage est servi par un remarquable appareillage de notes. Outre l'impressionnante réfutation des nombreuses erreurs et approximations des détracteurs de Pie XII, l'un des intérêts du livre réside dans la mise en exergue de leurs motivations profondes. Ainsi, hors de toute démarche authentiquement scientifique, c'est le plus souvent chez ces auteurs la haine à l'égard du catholicisme lui-même que D. Dallin met en lumière, telle cette citation de Daniel Jonah Goldhagen qui identifie le Christianisme avec l'antisémitisme : « la responsabilité du déchaînement de haine le plus violent de tous les temps, et dans tout l'Occident, revient principalement au Christianisme. Et plus spécifiquement encore, à l'Église catholique ».
Rigoureux, argumenté, de lecture aisée, cet ouvrage devrait constituer une des étapes importantes de la remise en cause en France de la récurrence d'un mythe, déjà largement mis à mal aux États-unis et dans un certain nombre de pays d'Europe, et qui semble être une insulte à l'Histoire.
1 A.V.E., Rome, 1945
2 Édition américaine, 1953 ; édition française F.-X. de Guibert, 2001, trad. Judith Cabaud, laquelle avait écrit précédemment chez le même éditeur la biographie de son père, Eugenio Zolli, prophète d'un monde nouveau, 2000.
3 Cf. Pie XII et la Seconde guerre mondiale d'après les archives du Vatican, Perrin, 1997.
4 Pie XII et les juifs, op. cit.,.p. 24 et son article "History as Bigotry : Daniel Goldhagen Slanders the Catholic Church", Weekly Standard, 10 février 2003, p 41.
Christophe Réveillard