La spiriation n'est pas un mot que nous employons souvent. Il est pourtant fondamental pour la foi chrétienne. Il signifie que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils (filioque). A la fin du IV° siècle, Hilaire puis Ambroise esquissèrent cette affirmation. Elle devint le bien commun de la théologie avec saint Augustin. Charlemagne ajouta cette formule au Credo. Cette simple explication est tirée du dernier ouvrage de Pascal-Raphaël Ambrogi : Le sens chrétien des mots. Nous lui devions déjà les Particularités et finesse de la langue française dans lesquelles il défend l'usage correct de notre langue. Un manuel qui accompagne, non pas comme un grammairien rigide, la rédaction de tous les écrits, mais avec une certaine élégance, l'amateur et le curieux du français et de toutes ses ressources vivantes. "La langue s'appauvrit sans cesse du fait des erreurs de ceux qui la malmènent. C'est ainsi que la pensée perd de sa force, délayée dans l'imparfait, les proliférations oiseuses dévalorisant les apports indispensables, les substitutions à notre vocabulaire de vocables inutiles et les altérations irrémédiables de la syntaxe", affirme-t-il.
Se pencher sur la manière de s'exprimer et examiner les mots, qui relèvent autant de l'oeuvre d'art, conduit à s'intéresser au fondement de notre civilisation qui a nourri notre langue, c'est-à-dire le christianisme. "[Il] structure notre société et notre langue depuis deux mille ans", constate Pascal-Raphaël Ambrogi. Le continent européen a été profondément modelé par cette religion. Avant que les frontières ne fussent tracées, l'Europe était déjà chrétienne. L'art, l'architecture, l'organisation sociale et politique, les fêtes, la morale, le droit, nos valeurs, même s'ils ont emprunté la plupart de leurs fondements à la civilisation grecque puis romaine, ont pris naissance à la même source dont ont jailli Saint-Denis, Domrémy et Reims pour ne prendre que ces deux exemples. Le vocabulaire chrétien illustre plus que jamais la force de cet héritage considérable le nier relève d'une idéologie primaire, sans réflexion et frileuse devant d'auters courants pervertis. On devient Français en étant imprégné par le Christianisme ; on le demeure en ne le reniant pas. L'ouvrage de Pascal-Raphaël Ambrogi n'est pas un conservatoire dans lequel nous irions contempler des termes désuets. Il s'agit d'un dictionnaire vivant à usage quotidien. Ses pages mettent en évidence nos parlures, comme le dirait joliment un autre amoureux des mots, Claude Duneton. Il n'est pas rare d'entendre évoquer "une nouvelle obédience". L'on comprend tout de suite qu'il s'agit d'une soumission à une autorité. Etre en obédience, du latin oboediencia, c'est être soumis à une autorité spirituelle.
Si nous ne le savions, les cloches, qui annoncent les prières, les heures et aussi l'angélus et les événements qui rassemblent la communauté chrétienne ou encore les périls, sont un lien dans les villages comme dans les quartiers. Leurs sonneries font partie de notre culture, elles nous sont familières. Les cloches, instruments de musique, à la fonction liturgique, sont baptisées. Nous apprenons par ailleurs, si nous ne le savions déjà, que Baal, à l'origine d'une divinité du pays de Canan, vient de ba'al, "maître", "mari" en hébreu. Par une évolution dont les mots ont le secret, le dieu de l'Orage, Baal-Zéboul, devenupar dérision le "seigneur des mouches", donnera son nom à Belzébuth, le seigneur des démons. Les bonshommes que nous côtoyons tous les jours servirent à désigner, un temps, les frères Minimes, religieux de saint François d'Assise. "La foi est créatrice de culture", affirme le cardinal Poupard, dans sa préface.
Il y a de l'encyclopédie dans cet ouvrage qui prend parfois des allures de manuels. Saurions-nous décliner tous les vêtements liturgiques ? Par une habile successions de renvois, l'auteur a regroupé sous l'entrée "Aube", de alba, blanc, qui